De la légitimité de la noblesse shabazz-zariate sous régime républicain

leurs altesses royales
Son Altesse Royale la Reine Husia Tahéruka Shabazz, Comtesse d’Al-Sabara au cou de son époux Sa Majesté Magistrale le Sekhem-Bawantua (Sultan) Tahéruka Shabazz

D’aucuns s’étonnent du fait que la Maison Royale Zaria-Shabazz fasse publiquement et ouvertement usage de l’étiquette nobiliaire alors que la République Centrafricaine a été proclamée le 1er Décembre 1958 avec comme premier Président Barthélémy Boganda, soit plus de 56 ans déjà. De plus, la très coloniale troisième république française avait pris soin de briser très tôt la majeure partie des systèmes politiques traditionnelles sur sol centrafricain, ne laissant ici et là que quelques faméliques poches de survivance comme c’est le cas par exemple dans le Nord-Est du pays avec le Sultanat de Ndélé qui présente encore, ici et là, quelques convulsions de vie malgré son délabrement avancé semblable aux réserves amérindiennes des USA.

Les systèmes politiques traditionnelles « mandja » desquels descend le Sultanat Zaria-Shabazz ont été combattus par les colons français dès la fin des années 1890 pour finir par être décimés autour de la première décennie du vingtième siècle, date depuis laquelle la question de la souveraineté royale et de la monarchie sont entrées comme en dormition sur nos terres. Par la suite, les pouvoirs coloniaux et post-indépendances se sont acharnés à remplacer par la force les titulaires ancestraux en nommant directement ou en faisant élire à leurs places de nouveaux chefs pompeusement appelés « traditionnels » pour servir d’intermédiaires entre les populations locales et l’administration (coloniale ou post-indépendance). Comme si cette dernière souhaitait écarter de facto et subrepticement les survivants et dépositaires du système traditionnel, par elle-même mis à terre.

Toutefois remarquons que les pouvoirs républicains, en Afrique en général et en Centrafrique en particulier, reconnaissent officiellement dans certains domaines d’activités le « droit coutumier » donc le « système politique traditionnel ». C’est le cas par exemple en matière de droit foncier en Centrafrique où certaines prérogatives sont dévolues au droit coutumier en matière de possession, de cessation, de prêt, de protection de certaines terres et de règlement de conflits. Or se pose une question cruciale à ce stade du raisonnement : peut-on reconnaitre le « droit coutumier » sans pour autant reconnaitre la source de ce même droit ? Or c’est là un truisme que d’affirmer que ce droit dit coutumier n’est pas né ex nihilo mais est bien le fruit d’une dynamique sociale traditionnelle qui s’inscrit dans le cadre de la monarchie et de la royauté africaines. En effet, c’est véritablement cette dernière [la royauté africaine] qui est sans ambiguïté aucune la source du « droit coutumier ». En somme, en reconnaissant le « droit coutumier » la République (centrafricaine comme d’autres) reconnait mécaniquement l’auteur de ce droit en la personne du Souverain (traditionnel), improprement appelé « Chef ».

Le terme « Souverain » n’est pas ici abusif, car parler de « droit » fusse-t-il « coutumier » c’est parler avant tout de « loi ». Or il est établi par le droit international que la base de la loi n’est autre que la « souveraineté ». Ainsi le « chef » coutumier africain (actuel), le roi traditionnel africain (actuel) est pleinement un « Souverain », selon le droit international, dans le sens où il est la source de la loi, du droit (coutumier) reconnu par le droit dit « positif ». Par conséquent nous pouvons soutenir juridiquement le fait que le « droit positif » qui reconnait officiellement le droit coutumier reconnait de jure et de facto (malgré lui ?) la souveraineté intrinsèque de la royauté africaine.

En vérité, il en saurait en être autrement, dans la mesure où la royauté jouit de l’inaliénabilité de ses prérogatives régaliennes notamment la souveraineté. En effet, tant que le Souverain lui-même n’a pas volontairement renoncé à sa souveraineté aucune abolition nationale ou internationale n’a d’effet sur elle. La (nouvelle) Constitution (républicaine) n’a pas le droit d’abolir ce qu’elle n’a pas créé. Au mieux l’Etat républicain peut contraindre et empêcher, par la force, le Souverain (devenu non-régnant de facto) de déployer pleinement ses droits. Mais les droits et devoirs du Souverain restent intacts malgré toute tentative (inutile et illégitime) d’abolition de la royauté ou de la monarchie et de la noblesse. Rappelons ici la réflexion du Pr Paulo Bonavides dans son livre « Sciences Politiques » où il déclare que :

« La souveraineté est une et indivisible et ne peut [en aucun cas] être déléguée. La souveraineté est irrévocable et perpétuelle…1 »

En, clair il appartient de plein droit au Souverain de continuer, même sur une terre étrangère [au cas où les siennes sont confisquées par le ou les pouvoirs en place], de maintenir l’étiquette royale ; de continuer à anoblir ; de persister à délivrer des titres de noblesse ; d’honorer, de récompenser et de distinguer les hommes et femmes dignes par l’attribution d’ordres royaux et même de faire renaitre d’anciens ordres, de créer ou de parrainer de nouveaux ordres ; de perpétuer les traditions royales ; d’entretenir des relations diplomatiques avec d’autres familles royales (régnantes ou non) ; de transmettre à son successeur la royauté ; de commémorer les grands moments de l’Histoire ; de soutenir les activités culturelles en rapport avec l’Histoire royale ; de combattre les adversaires (ennemis ?) du régime royale ; etc. ; et ce jusqu’au retour effectif de la royauté sur ses sols. C’est là le devoir du Chef de la Maison Royale en situation d’exil, d’empêchement réel d’exercer son pouvoir naturel sur ses terres.

Pour résumer disons que le souverain traditionnel africain actuel, quelque soit son titre, par ses prérogatives régaliennes inaliénables possède plusieurs droits dont celui de diriger son territoire (jus imperii), de faire exécuter ses commandements et ainsi que de se doter d’une armée (jus gladii), de jouir du respect et des honneurs dus à son rang (jus majestatis), et enfin de conférer des honneurs et des privilèges aux hommes, femmes et institutions qu’il juge dignes, méritants et vertueux (jus honorum)2. Comme on le voit les deux premiers droits royaux (jus imperii et jus gladii) nécessitent obligatoirement une population et un territoire bien déterminé pour que la souveraineté royale puisse s’exercer pleinement. En l’absence de ces deux conditions l’on parlera de souveraineté de jure et non de facto. Alors que pour le cas des deux derniers droits (jus majestatis et jus honorum) la souveraineté royale ne souffrira pas de ces conditions précédentes pour s’exprimer.

C’est au regard de cette logique juridique implacable que le Chef de la Maison Royale Zaria-Shabazz Sa Majesté Magistrale le Sekhem-Bawantua Tahéruka Shabazz, à l’instar des autres Maisons Royales Africaines et Diasporiques, maintient à flot la royauté, précisément shabazz-zariate pour sa part, et ses traditions, ses spécificités, en ces temps de « modernité », au risque même de paraître pour ses contemporains comme archaïque, anachronique, passéiste, nostalgique, dépassé, old-fashioned voire même idéaliste.

Sa Majesté Magistrale Tahéruka Shabazz, Chef de la Maison Royale Zaria-Shabazz

1 Paulo Bonavides, Ciência Polítical, p. 126

2 Thèse également défendue en Occident par les auteurs G.B. Ugo, Bascapa, Gorino-Causa, Nasalli Rocca, Zeininger et de Francesco

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3 thoughts on “De la légitimité de la noblesse shabazz-zariate sous régime républicain”

  1. Un article assez intéressant et instructif au sujet des choses que nous devons savoir toutes et tous. Continuez dans cette direction. Il faut tout faire pour rétablir l’Administration royale ancestrale partout. Tel est mon objectif avoué, en ma qualité de Le Prince de l’Éternel Empire de Toya-Dessalines Déployé. Le blancisme ne peut nous absorber en nous intégrant dans son administration toxique. C’est à NOUS, et à NOUS seul(e)s, de nous conduire en recourant à notre compréhension de nous-mêmes et du monde dans lequel Nous Sommes et Existons. Soit dit en passant, cette notion de “souveraineté une et indivisible” est sans détour européenne. Les prémices ont été posées par le Français Jean Bodin et portée, au dix-septième siècle, à son plus haut point en la théorisant (un fondement scientifique) par le philosophe anglais, Thomas Hobbes, dont je suis le spécialiste (maîtrise et doctorat). Cette notion, qui joue un rôle central dans la nouvelle politique européenne, nouvelle par son fondement et son achèvement, implique une définition négative de la singularité des gens et nécessairement des non Européennes et non Européens..Il faut se garder d’en faire usage, il y a d’autres moyens, respectueux de la munité de chacune-chacun, de justifier le fondement et la continuité de la Royauté Ancestrale.

    HRH Prince Tiécoura Jean Dessalines D’Orléans, 7e de la Génération de l’Impératrice Claire Heureuse et l’Éternel Empereur Jean-Jacques Dessalines

  2. Tout d’abord permettez-moi, Votre Altesse Royale Prince Tiécoura Jean Dessalines D’Orléans, de vous remercier du travail conséquent que vous abbatez intellectuellement dans le déminage des idées morbides anti-africaines développées et diffusées par les ennemis de l’Humanité originelle. C’est à la la fois fort remarqué et fort remarquable. Aussi je vous remercie pour vos encouragements que vous nous avez adressé.

    J’apprécie tout particulièrement votre infatigable volonté de préparer vaille que vaille le retour à la royauté traditionnelle africaine partout où nous avons été réduit au silence ou à l’impuissance.

    Aussi votre commentaire sur la notion de “souveraineté une et indivisible” m’intéresse tout particulièrement. Il est vrai que les auteurs royalistes européens que vous très justement cité, Bodin et Hobbes, ont, pour des raisons conjoncturelles compréhensibles, abordé, théorisé puis diffusé cette conception en terre européenne ; mais pour notre part ce n’est pas à partir d’eux qu’est partie notre réflexion sur le sujet. C’est l’étude minutieuse de nos empires, califats, royaumes, sultanats, émirats et autres principautés antiques, médiévaux et modernes qui ont emporté notre conviction sur la façon dont nos valeureux devanciers comprenaient le pouvoir royal et ses prérogatives dont la souveraineté.

    Je me suis, par exemple beaucoup apesanti sur les cas de l’Égypte farmoreaonique, des Califats Omeyyades et Fatimide et des Chefferies Traditionnelles Mandja dont je suis issu.

    J’ai constaté des approches et compréhension similaires du sujet qui nous occupe présentement.

    Néanmoins, je souhaiterai également vous demander de nous en dire plus sur votre analyse critique de cette expression, cette notion et ses implications telles que vous les avez étudiées.

    Sa Majesté Magistrale Taheruka Shabazz, Chef de la Maison Royale Zaria-Shabazz.

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