Le Conseil Faraonique

Le Conseil Faraonique

 

Figure 1 Sa Majesté Magistrale Tahéruka Shabazz le Sekhem-Bawantua du Sultanat de Zaria-Shabazz et ses conseillers reçoivent à l’Ipet-Nésut Zaria-Shabazz la presse africaine

Parcourant fugacement quelques titres de l’œuvre du penseur et savant gabonais, le Shemsu-Ma’ât Grégoire Biyogo[1], nous nous sommes quelque peu attardé sur des extraits de sa pensée qui ont nourrit notre réflexion toute dirigée, ces derniers temps, vers la science politique et plus précisément sur la pertinence des analyses sur les régimes politiques actuellement en vigueur en Afrique. Analyses qui réservent, au mieux, la portion congrue au seul régime naturel, légitime et historique du monde noir d’après tous les éminents spécialistes, à savoir la Royauté. C’est que ce régime politique est vilipendé, décrié et dénigré de toute part par l’intelligentsia africaine qui, à la suite de leurs enseignants occidentaux acquis à la cause (néfaste) du système républicain, n’y voit là qu’un signe d’arriération sociale, de tyrannie manifeste, d’anachronisme criant.

Nous pouvons certainement dire de ces intellectuels africains et afro-diasporiques, qui le plus souvent s’auto-définissent comme étant des « panafricains pur jus », qu’ils n’ont sûrement pas encore opérer la rupture épistémologique dont nous parle le penseur des bords de l’Ogooué dans son étude sur l’épistémologie diopienne et qui « recommande donc de rompre totalement avec nos écritures réductionnistes sur l’origine des sciences, de la pensée et des institutions [souligné par nous] pour l’essentiel en épuisement et condamnées à l’aporie ou à la surface des vues du fait de leur amnésie, de leur oubli ou de leur ignorance de l’histoire de la formulation première des problèmes, des questions, et celle de leur résolution ancienne en Egypte[2] [mise en gras, donc en évidence par nous] ».

Comme nous pouvons le lire dans l’extrait ci-dessus cité, l’exigence de rupture épistémologique et paradigmatique d’obédience diopienne ne s’arrête pas seulement au discours sur les origines des arts et des sciences ou de la pensée, mais s’applique également aux « institutions ». C’est, nous dit le philosophe gabonais, que ces institutions, coupées de leurs racines faraoniques, ne peuvent qu’aboutir qu’à un état d’essoufflement tant leur condamnation à l’impasse, à l’absurdité est irrémédiable en absence du sceau faraonique.

Il précise sa réflexion en posant que « la modernité [souligné par nous] de nos sciences, de nos pensées et de nos institutions [souligné par nous] passe par le dialogue avec les humanités égyptiennes, repensées, rediscutées, renouvelées, réactivées et redistribuées comme invention d’une nouvelle conscience du moderne[3] ».

Pour nous arrêter à la seule étude des « institutions » africaines, il ressort de ces précédents propos que le retour ou du moins le recours à la réalité faraonique est une nécessité vitale pour quiconque souhaite penser le monde africain et sa diaspora dans une logique de modernité naturelle. Il est donc question d’héritage (intellectuel, politique, économique, culturel, cultuel, militaire, scientifique, etc.) à assumer. Et pour notre auteur, « hériter de l’Egypte c’est alors hériter de soi-même, de ce que l’homme a de plus fondamental, c’est-à-dire son histoire et sa pensée. Or, ne pas hériter de l’Egypte qui porte notre propre origine, donc notre propre pensée, c’est en même temps en être toujours otages[4] ».

Non seulement ce refus d’assumer pleinement cet héritage fait de nous des captifs de l’Histoire comme des ennemis de l’Afrique et de sa Diaspora, mais de surcroît cette posture ne peut se conjuguer qu’avec la dialectique de la défaite comme nous pouvons le lire sous la plume du Shemsou-Ma’ât qui nous parle de : « la défaite de l’Afrique contemporaine elle-même et ses quatre Diaspora [mise en évidence par nous] (la Diaspora insulaire, la Diaspora américaine, la Diaspora européenne, la Diaspora orientale) face à la conscience historique de son passé, et à son destin de bâtisseur, de géomètre, de politique et de philosophie retrouvée, lorsqu’elle ne serait pas réconciliée avec sa propre histoire[5] ».

Pour être plus juste, il faut reconnaitre comme le Maître de l’École de Libreville que cet état de fait n’est pas spécifique au monde africain et sa diaspora mais s’étend systémiquement à toute société humaine qui refuserait de se corriger en s’appuyant sur les principes, les lois, les institutions qui ont fait la gloire de nos devanciers, par exemple faraoniques, en lui préférant le modèle leucoderme/caucasien que Grégoire Biyogo qualifie volontiers, à juste titre d’ailleurs, de faustien et d’œdipien (et que notre école appelle yakubite[6]) :

« La défaite du monde moderne est à la fois inévitable et fatale s’il venait à ne pas hériter de l’Egypte, à hériter de ses propres origines qui se pensent au Nil…Si donc la destruction guette toute société qui fait l’apologétique du modèle faustien et/ou œdipien (modèle du Deuxième Berceau primitif de l’Humanité) de l’histoire, il reste à l’humanité de se rétracter, de se rectifier, de s’écarter de cette orientation en recherchant dans le berceau de la civilisation le modèle d’une vie en conformité avec la Maât[7] ».

La voie occidentale/œdipienne/faustienne/caucasienne, nous dit Biyogo, est une impasse pour toute société, quelle qu’elle soit. Aussi, s’échiner ou s’époumoner à faire la promotion des institutions politiques ayant vu le jour dans les terres faustiennes est plus qu’une erreur mais une faute grave qui conduit inexorablement vers l’abîme, la captivité, la minorité, la perpétuelle dépendance, le chaos assuré. D’où cette invite à l’Afrique et sa Diaspora (nommées collectivement « Kémit » par l’auteur) à maintenir le cap de son histoire glorieuse qui ne devrait plus souffrir d’un frein à son expansion, sa puissance, sa souveraineté destinale :

« Kémit est tenue de ne jamais renoncer à l’exigence de la souveraineté quel que soit le prix à payer, si du moins Kémit veut redevenir une puissance et guider à nouveau le monde par la pensée et l’esprit tels que les Noirs l’ont expérimenté naguère en Ethiopie, en Egypte et dans les Empires africains[8] ».

Ainsi l’Ethiopie antique, l’Egypte faraonique et les Empires-Africains-Médiévaux sont convoqués et portés en exemples par le savant gabonais. Or en matière politique, il est un devoir pour nous de nous interroger sur la constitution de ces Etats africains. Par qui et comment étaient-ils régis ? Etaient-ils dirigés par des régimes républicains et/ou présidentiels ? Par des monarchies parlementaires ? Par des démocraties électives de type athénien ? Par des Consuls ou des Sénateurs à la manière romaine ?

Evidemment non. Car, sans exception, tous ces grands Etats africains qui ont fait la gloire de notre Histoire et dont le penseur gabonais Grégoire Biyogo nous invite à porter notre attention dessus et à examiner minutieusement les soubassements pour nous en inspirer afin de pouvoir entrer véritablement dans la modernité, au risque de s’éteindre par épuisement ou condamnation aporétique, avaient tous en commun le modèle politique de « la royauté de droit divin ». Une Royauté basée sur le modèle d’Atoum-Râ, le Divin-Souverain, et de Son Divin-Conseil composé des Paoutious, les Nétérous primordiaux.

C’est ce que nous connaitrons des millénaires plus tard sous le nom de « Conseil-des-Sages » à qui échoit la charge de conseiller le souverain africain (de toute époque et de toute géographie) dans l’élaboration des lois, des décrets, des ordonnances, dans leur application et dans le jugement rendus dans les cours de justice royale.

Pour nous en convaincre, citons seulement l’exemple faraonique que nous présente le Pr Grégoire Biyogo dans son essai politique « Kemit anti-démocrate ? Essai d’élucidation de l’énigme de la souveraineté en Afrique et dans le monde noir. Nouveaux matériaux théoriques sur la question Noire » :

« Les pharaons dirigeaient le pays par l’entremise des sages qui conceptualisaient les lois et veillaient à leur application correcte…Ces sages et les prêtres travaillaient à la science (géométrie, astronomie, philosophie, théologie). Ils conseillaient d’autant plus les pharaons qu’ils menaient une vie vertueuse, surveillée, ascétique et méditative[9] ».

Ainsi, si l’on devait faire recours ou retour à l’antiquité nilotique qui est comme la boite-noire historique de nos institutions politiques, l’on raturerait tous les régimes politiques africains actuels, hérités de l’anti-société faustienne/coloniale/yakubite, tels que la monarchie parlementaire, la république, la démocratie, le présidentialisme ou même le parlementarisme dont Grégoire Biyogo épingle les limites intrinsèques ; car en ce qui concerne ce dernier modèle politique, nous dit le politologue : « les élus constituent bien vite des lobbies financiers et technologico-médiatiques détenant et concentrant l’économie, les moyens d’information, les milices privées et contrôlant le pôle de décision[10] [11] ».

En conclusion, nous pouvons dire que l’Etat moderne africain comme afro-diasporique n’a nullement besoin de la démocratie, de la république, du présidentialisme, du parlementarisme ou encore de la monarchie parlementaire et de ses chambres bi-camérales (ou non) dominées par les lobbies…Tous ces artéfacts ne font que retarder notre entrée dans la modernité fondée sur nos humanités classiques propres, sur nos fondamentaux socio-historiques à même de « créer de nouvelles questions, de nouvelles hypothèses, des théories et de nouvelles formes de renversement de pensée[12] », comme le suggérait Biyogo. Aussi comprenons-nous que seule la réhabilitation expresse de l’institution de la royauté absolue, de droit divin et de ses conseils de sages saurait répondre à cet impératif, à cette exigence, à cette urgence, à cette nécessité vitale pour l’Etre africain et afro-diasporique.

Sa Majesté Magistrale Tahéruka Shabazz, le Sekhem-Bawantua du Sultanat de Zaria-Shabazz

[1] Il s’agit essentiellement des deux ouvrages  « Aux sources égyptiennes du savoir. Volume 2. Système et anti-système. Cheikh Anta Diop et la destruction du Logos classique », « Kemit anti-démocrate ? Essai d’élucidation de l’énigme de la souveraineté en Afrique et dans le monde noir. Nouveaux matériaux théoriques sur la question Noire » et « Origine égyptienne de la philosophie. Au-Delà d’une amnésie millénaire : le Nil comme berceau universel de la philosophie. Tous les trois publiés en 2002 aux Éditions Ménaibuc.

[2] Biyogo (Grégoire), « Aux sources égyptiennes du savoir. Volume 2. Système et anti-système. Cheikh Anta Diop et la destruction du Logos classique », p. 47, Editions Ménaibuc, Paris, 2002

[3] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 54

[4] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 49

[5] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 49

[6] Dans la théologie de la Nation Of Islam (N.O.I.), le père-créateur de la population blanche, grâce à un long programme d’eugénisme mise en place il y a plus de 6600 ans sur l’ile de Patmos/Pelan dans la Mer Egée, est un scientifique noir du nom de Yakub. D’où le fait que nous qualifions de « yakubite » le résultat de son expérience eugénique.

[7] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 52

[8] Biyogo (Grégoire), Biyogo (Grégoire), « Kemit anti-démocrate ? Essai d’élucidation de l’énigme de la souveraineté en Afrique et dans le monde noir. Nouveaux matériaux théoriques sur la question Noire », p. 55, Editions Ménaibuc, Paris, 2002

[9] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 31

[10] Biyogo (Grégoire), ibidem, p. 37

[11] Nous produirons ultérieurement une étude plus étayée sur la nocivité sociale de l’option du gouvernement représentatif

[12] Biyogo (Grégoire), « Origine égyptienne de la philosophie. Au-Delà d’une amnésie millénaire : le Nil comme berceau universel de la philosophie », p. 77, Editions Ménaibuc, Paris, 2002

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